Pampelune – «On accepte que les femmes fassent la fête, mais c’est à leurs risques et périls»

#AgressionsSexuelles – France, Suède, Allemagne, Espagne … C’est partout pareil. Les mâles sont en rut dès que les femmes sont dans les rues. Mais la plupart du temps, les organisateurs d’événements, de festivals, de concerts… minimisent au cas individuel ou dissimulent les agressions pour ne pas nuire à l’image de la fête.  C’est tabou et il ne faut pas en parler :

«Dans toutes les grandes fêtes publiques, il y a des agressions sexuelles ou des comportements sexistes. Le nier, c’est ne pas vouloir le voir», Yves Raibaud, chercheur. «Ce discours qui consiste à dire « ça ne se passe pas chez moi mais chez les autres » est très caractéristique (…) : c’est toujours une fille qui s’est trouvée au mauvais endroit seule par exemple».  

Des milliers de personnes ont marché lundi dans les rues de Pampelune, un papier rouge à la main, portant l’inscription «Non c’est non», pour dénoncer les agressions sexuelles qui ont eu lieu lors des fêtes de Pampelune, dans le Nord de l’Espagne. 

«Ces problèmes se posent dans toutes les fêtes alcoolisées où les comportements sexistes et machistes s’aggravent. Dans ces espaces publics de fête, certaines habitudes de prédation consistent à faire boire les filles pour abuser d’elles. La conquête de la rue par les filles ne va pas de soi. On accepte qu’elles fassent la fête parce qu’on a besoin d’elles pour que ça soit « joli » dehors mais c’est à leurs risques et périls. A Bayonne par exemple, cela les arrange bien que la tenue officielle soit un pantalon. Elles sont ainsi plus tranquilles. La rue, comme les villes en général, reste un espace de domination masculine.».

Ce n’est donc ni une question d’origines (malgré le défoulement raciste dès lors que les agresseurs sont étrangers), ni une question d’alcool. Les agresseurs sexuels ne sont pas obligatoirement alcoolisés et les personnes alcoolisées, ne sont pas obligatoirement des agresseurs sexuelMais c’est le résultat d’«une éducation asymétrique des filles et des garçons, fondée sur la reproduction du modèle d’un garçon hétérosexuel, viril et dominant». 

Que ce soit en France, en Suède, en Allemagne, en Espagne …

Une manifestation contre les violences sexuelles pendant le festival de San Fermin à Pampelune, en Espagne, lundi, avec pour slogan «Non, c'est non». Photo Susana Vera. Reuters

Une manifestation contre les violences sexuelles pendant le festival de San Fermin à Pampelune, en Espagne, lundi, avec pour slogan «Non, c’est non». Photo Susana Vera. Reuters

Les fêtes de Pampelune, dans le nord de l’Espagne, ont été secouées cette année par une série d’agressions sexuelles. Un phénomène qui n’est pas nouveau et qui touche aussi la France.

«A la San Fermín tout peut arriver.» Le slogan, qui a servi pendant plusieurs années à attirer des milliers de visiteurs aux fêtes basques de Pampelune, en Espagne, a pris un sens tout particulier ces dernières semaines.

Samedi, une Française de 22 ans a porté plainte pour viol. Selon la presse espagnole, elle aurait été entraînée par un homme dans les toilettes du parking souterrain de la plaza del Castillo alors qu’elle allait se reposer dans sa voiture. Son agresseur est toujours recherché par la police. Et elle n’est pas la seule victime. Depuis le 6 juillet, date du coup d’envoi de cette fête populaire, qui réunit chaque année un demi-million de personnes, quinze suspects de viols ou d’agressions sexuelles ont été interpellés. Deux d’entre eux ont été relâchés sans poursuite et une plainte a été classée.

Des milliers de personnes ont marché lundi dans les rues de Pampelune, un papier rouge à la main, portant l’inscription «Non c’est non», pour dénoncer ces agressions. Ça n’était jamais arrivé alors que le phénomène n’est pas nouveau. En 2011 déjà, des associations féministes parlaient d’un climat permissif et accusaient la mairie de dissimuler ces agressions pour ne pas nuire à l’image de la fête. Les Pamplonais semblent prendre peu à peu conscience de ces débordements. La mairie, dirigée depuis 2015 par une coalition de gauche indépendantiste, avait d’ailleurs lancé une campagne pour promouvoir «des fêtes sûres pour les femmes», «sans agression sexiste». Pour Aritz Romeo, conseiller à la sécurité, c’est justement cette campagne qui explique le nombre d’interpellation de ces derniers jours. «Je ne crois pas qu’il se passe plus de choses à Pampelune que dans d’autres villes festives, nous avons simplement mis des moyens avec 3 400 policiers efficaces pour interpeller les agresseurs.» 

Enquêtes souvent classées faute de faits établis

«Selon moi, les fêtes de Bayonne, aujourd’hui exemplaires en termes de prévention des agressions sexuelles, ont réveillé les consciences à Pampelune», analyse Yves Raibaud, chercheur, géographe à l’Université de Bordeaux-Montaigne et spécialiste des questions sur le genre et la ville. Aux fêtes de Bayonne, qui réunissent chaque année environ un million de personnes, la mairie, poussée par les associations féministes, mène en effet depuis dix ans une campagne de prévention contre les agressions sexuelles. Une décision notamment prise après le dépôt d’une plainte en 2005 pour viol aggravé à la suite d’une tournante. «L’idée de cette campagne est que la majorité des gens soient nos alliés pour lutter contre ce fléau : chacun doit intervenir s’il est témoin d’un comportement sexiste ou de toute agression sexuelle, explique Martine Bisauta, adjointe à la mairie de Bayonne, en charge de ces questions à l’époque. Tous les hommes ne sont pas non plus des prédateurs. Il faut s’appuyer sur cette force pour que chacun soit vigilant et intervienne. Et cela a plutôt bien marché selon les témoignages que l’on a.»

Ainsi, tous les bars et les penas (les associations bayonnaises qui ouvrent leurs portes pendant les fêtes) ont signé une charte où ils s’engagent à porter secours aux victimes, notamment en cas d’agression ou de comportements sexistes. Les femmes ont aussi accès, comme tous les festayres, aux différents points de secours ou de repos répartis dans la ville. En 2014, sur 272 plaintes déposées pendant les fêtes, deux concernaient des agressions sexuelles. «Tous les ans, nous avons entre quatre et six plaintes pour agression sexuelle pendant les fêtes dont au moins une pour viol. Mais dans de nombreux cas, l’enquête est classée, car il n’y a pas de fait établi», assure le parquet de Bayonne.

Pendant dix ans, des affiches étaient aussi collées sur les murs de la ville avec un message en signe de rappel : «Le viol est un crime puni de quinze ans de prison.» «Malheureusement, ce sujet n’est pas nouveau ici. Cela fait des années qu’on en discute. Cette année, on essaie de communiquer différemment, explique Jérôme Aguerre, adjoint en charge de la lutte contre les discriminations et la prévention des fêtes. Parce qu’il y a beaucoup plus de mains aux fesses que de viols. Il y a donc de nouvelles affiches qui dénoncent toutes les agressions sexistes et un clip vidéo sur ce sujet.»

«Une éducation asymétrique des filles et des garçons»

«Ces problèmes se posent dans toutes les fêtes alcoolisées où les comportements sexistes et machistes s’aggravent. Dans ces espaces publics de fête, certaines habitudes de prédation consistent à faire boire les filles pour abuser d’elles, explique le chercheur Yves Raibaud. La conquête de la rue par les filles ne va pas de soi. On accepte qu’elles fassent la fête parce qu’on a besoin d’elles pour que ça soit « joli » dehors mais c’est à leurs risques et périls. A Bayonne par exemple, cela les arrange bien que la tenue officielle soit un pantalon. Elles sont ainsi plus tranquilles. La rue, comme les villes en général, reste un espace de domination masculine.»

Les exemples médiatiques récents le montrent : le festival de rock «We are Sthlm» à Stockholm en Suède, a été marqué durant deux étés par des agressions et attouchements sexuels commis par des jeunes d’origine étrangère, comme ce qui s’est passé le 31 décembre dans la ville allemande de Cologne. Des agressions qui ont entraîné un déferlement de haine raciste alors qu’ils sont le résultat d’«une éducation asymétrique des filles et des garçons, fondée sur la reproduction du modèle d’un garçon hétérosexuel, viril et dominant», comme l’écrivait Yves Raibaud dans une tribune publiée dans Libération.

«Dans toutes les grandes fêtes publiques, il y a des agressions sexuelles ou des comportements sexistes. Le nier, c’est ne pas vouloir le voir»,affirme Yves Raibaud. Un simple coup de fil à la mairie de Dunkerque permet de s’en rendre compte. 

A la question «y a-t-il des problèmes d’agressions sexuelles au carnaval de Dunkerque ?» (qui réunit chaque année des milliers de personnes), elle répond : «Oh mon Dieu pas du tout. Je suis extrêmement surprise par la question. L’ambiance est vraiment bon enfant. Les gens ne viennent pas pour faire ce genre de choses. Ça existe peut être dans le Sud mais pas ici.» «Ce discours qui consiste à dire « ça ne se passe pas chez moi mais chez les autres » est très caractéristique», explique le chercheur Yves Raibaud qui a épluché la presse locale dunkerquoise et constaté qu’il y a chaque année des agressions sexuelles qui n’aboutissent pas forcément au dépôt de plainte. Le problème peut être d’autant plus minoré qu’il est«individualisé», explique le chercheur : «c’est toujours une fille qui s’est trouvée au mauvais endroit seule par exemple». Reste que ce sujet très tabou émerge peu à peu en France «où le harcèlement est devenu intolérable depuis deux trois ans grâce aux associations, au Haut Conseil à l’égalité et aux grandes villes qui mènent aussi des enquêtes à ce sujet», remarque Yves Raibaud.

Résultat : la parole se libère peu à peu chez les femmes. Selon une enquête du Figaro publiée en 2015, le nombre de viols dénoncés aux autorités a augmenté de 18 % en cinq ans.

Source : liberation.fr

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2 réflexions sur “Pampelune – «On accepte que les femmes fassent la fête, mais c’est à leurs risques et périls»

  1. « Ez », c’est « non » en basque. Ne pas confondre avec « es » en castillan.
    Elles veulent dire « Non aux mains baladeuses ! ».

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