Federica Montseny, mère de l’IVG dans l’Espagne de 1936

Télé – Histoire du Féminisme.

France 3 diffuse ce soir un documentaire en forme d’hommage à Federica Montseny (1905/1993), figure d’avant-garde des mouvements libertaire et féministe, première femme ministre d’Espagne et d’Europe, qui entreprit en 1936, de légaliser l’avortement (en Catalogne), soit quarante ans avant la loi Veil en France. 

Née dans une famille d’éditeurs publiant des revues syndicales, écologistes et satiriques, Federica Montseny devient elle-même militante, oratrice et pédagogue admirée par les ouvrières analphabètes. D’abord réfractaire à la politique, elle est finalement nommée ministre de la santé sous la Seconde République espagnole, démocratise l’accès aux soins pour les plus pauvres, en veillant à l’égalité entre les sexes… Ses écrits ont été à plusieurs reprises, censurés par Franco. Symbole de la Résistance, antimilitariste en temps de guerre, elle prônera toutefois des actions symboliques contre Franco dans les années 1960. Elle écrira plus tard : 

« le jour s’achevait glorieusement, au milieu de la splendeur de l’éclat des incendies, dans l’ivresse révolutionnaire d’une journée de triomphe populaire […] rapidement la ville fut le théâtre de la révolution déchaînée. Les femmes et les hommes, consacrés à l’attaque des couvents, brûlaient tous ce qu’il y avait à l’intérieur, même l’argent ».

Federica Montseny, l’indomptable, lundi 18/07/2016 à 23h10 et rediffusion vendredi 29/07/2016 à 2h50 sur France 3. 

Federica Montseny

Federica Montseny

Oubliée de l’histoire, Federica Montseny (1905-1994) est pourtant à l’origine de la première loi autorisant l’avortement, dans l’Espagne républicaine de 1936, soit quarante ans avant la loi Veil en France. Cela méritait bien un documentaire. Et celui de Jean-Michel Rodrigo est un bel hommage en même temps qu’une plongée passionnante dans un passé qui continue d’éclairer aujourd’hui, à sa mesure, les chemins de l’émancipation humaine. C’est d’ailleurs sur le témoignage d’Ada Colau, actuelle mairesse de Barcelone, que s’ouvre le film. Élue en 2015 avec le soutien du mouvement de gauche radicale Podemos, l’édile se réclame de la mémoire de Federica Montseny :

« Montseny a toujours été une référence pour moi. C’était la première femme ministre en Europe, la première à avoir eu une pareille responsabilité. Elle venait du monde libertaire, comme moi-même je viens du mouvement social.»

Federica Montseny fait partie, en effet, des quatre militants anarcho-syndicalistes qui, au prix de quelques contradictions avec leur corpus idéologique, intègrent en novembre 1936 le gouvernement républicain. Il faut dire qu’à l’époque, en Espagne, le syndicat anarchiste CNT est une organisation de masse qui, avec son million d’adhérents, ne peut contourner longtemps la question du pouvoir. D’autant qu’en juillet 1936, des militaires nationalistes emmenés par Franco tentent un putsch, qui plonge le pays dans la guerre civile. On en connaît l’issue : la défaite du camp républicain et l’établissement d’une dictature de près de quarante ans. Mais en 1936, rien n’est joué. Les insurgés fascistes se heurtent à la résistance des ouvriers en armes, qui encerclent les casernes, réquisitionnent les usines…

À travers l’enfance de Federica Montseny, le documentaire restitue aussi le climat social de l’Espagne du tout début du XXe siècle, où, déjà, les progressistes se heurtent au poids de l’Église et de l’armée. Il revient, enfin, sur le traitement inhumain infligé, en 1939, par les autorités françaises aux réfugiés républicains espagnols, puis sur l’arrestation et la déportation de 7 000 d’entre eux par les nazis. 

Federica Montseny, l’indomptable. France 3, 23 h 10. L’humanité.fr

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Marie Cailletet pour Télérama:

Il y a vingt-deux ans, dans une relative indifférence, s’éteignait à Toulouse Federica Montseny, au terme d’une vie d’engagements et de désillusions. Ecrivaine, pédagogue avant-gardiste, dirigeante anarcho-syndicaliste, ministre de la Santé sous la Seconde République espagnole, elle fut pourtant l’inspiratrice, en 1936, de la première loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Se démenant aussi pour impulser des lieux d’accueil pour les enfants des rues, les femmes seules, les chômeurs…

Mais les journées sanglantes de mai 1937, l’affrontement entre militants du Parti communiste et anarchistes scellent l’éclatement du camp républicain… et la sortie du gouvernement de Federica. Lorsque, en 1939, les nationalistes menés par Franco triomphent, Federica, comme des milliers d’Espagnols, prend le chemin de l’exil vers la France. Arrêtée par la police de Pétain, elle est condamnée mais n’est pas extradée puisque enceinte. A la Libération, comme des milliers de libertaires, survivants des camps et héros de la résistance, elle choisit Toulouse. S’échine à reconstruire la CNT, relance sa presse, publie, rêve de faire tomber Franco. Mais les années passent, le dictateur est toujours là et la nouvelle génération militante diverge sur les méthodes d’action.

Entremêlant séquences contemporaines à Toulouse, témoignages de proches, analyses d’historiennes et archives, le film fait émerger cette figure emblématique du Frente Popular, injustement tombée dans l’oubli. Sans doute contraint par le format, il peine un peu à ressusciter la complexité des enjeux idéologiques, la fièvre de l’époque. Mais instaure une continuité avec le présent grâce au bel hommage que rend Ada Colau, la maire de Barcelone, à Federica. — 

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Federica Montseny. / Marmitafilms Arxiu Nacional de Catalunya

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