Iran – Menacé de mort pour avoir chanté la paix avec une artiste israélienne, Léonardo, enfin régularisé

C’est trop abusé d’avoir le droit de chanter avec qui on veut…!

Mise à jour le 23 octobre 2016Leonardo Tajabadi obtient le statut de réfugié politique

Parfois, il y a de superbes nouvelles dans nos boites mails  :

Nom: leonardo tajabadi chanteur lyrique
Email:
Site Web : SANS COMPROMIS
Commentaire :
« Bonjour, je dois vous remercier, grâce à votre article, j’ai obtenu le titre de la réfugié politique de la France. Merci.
Merci infiniment. »
Heure: 22 octobre 2016 at 08:29

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20 juillet 2016 :

C’est trop abusé d’avoir le droit de chanter avec qui on veut…!

Le chanteur d’opéra iranien Leonardo Tajabadi, en exil à Strasbourg, est menacé de mort par les fanatiques de la République islamique, pour avoir pris position en faveur de la liberté des femmes en Iran et pour avoir enregistré une chanson avec une artiste israélienne :

« On a décidé de chanter cette chanson pour la mémoire de Mr Farrokhzad et aussi pour l’amitié des peuples israéliens et iraniens »

Depuis 1979, la télévision d’Etat ne diffuse que très rarement des concerts. Au prétexte que la musique peut « exciter » les jeunes et les détourner des principes de la révolution islamique, les mollahs ont décrété que les femmes chanteuses ou musiciennes, n’ont pas le droit de se produire sur scène, ni même autorisées à jouer l’hymne national de leur propre pays : 

« L’époque du Chah, c’était merveilleux. Il y avait de grands opéras en Iran. Quand j’étais petit, mes parents m’emmenaient, me faisaient rencontrer des solistes. Puis plus tard, ils m’ont montré des images. Il y avait Madame Butterfly en Iran, vous imaginez ? Désormais, les salles sont ouvertes, mais il n’y a pas d’opéra, pas de vie, et pas de femmes (…) Je me rends compte des différences abyssales entre les femmes et les hommes en Iran, de l’injustice de la situation. Le statut des femmes en Iran est incompréhensible. On ne fait pas travailler leurs capacités, elles doivent rester à la maison, ça n’a pas de sens. »

Leonardo Tajabadi vit aujourd’hui dans la terreur et ne peut ni retourner en Iran, ni vivre libre en France. Il est sans-papier, en attente depuis novembre 2015 d’un titre de séjour. Mais il peut continuer de chanter :

«Pour moi, l’essentiel c’est l’humanité, la paix, l’amitié, le droit des femmes, le droit humain. Ça, c’est mon principe» 

Total soutien !

Le chanteur Leonardo Tajabadi est menacé de mort depuis qu'il a pris position sur la liberté des femmes en Iran. (Akhtar Ghasemi)

Le chanteur Leonardo Tajabadi est menacé de mort depuis qu’il a pris position sur la liberté des femmes en Iran. (Akhtar Ghasemi)

En Iran, on ne peut chanter que des chansons d’amour. L’oratorio est interdit par la loi.

Je suis arrivé en France en 2005 pour devenir baryton et j’ai intégré pendant dix ans le conservatoire Rachmaninoff de Paris. Je me suis fait un petit nom à travers l’Europe : « Don Carlo », « La Traviata » en Italie, « Carmen » en France…

Mais récemment, le rêve a pris une toute autre tournure.

Cela faisait longtemps que je voulais écrire une chanson en hommage à l’artiste Fereydoun Farrokhzad, tué en  1992 par le régime iranien parce qu’il était homosexuel. 

Lorsque j’ai rencontré l’artiste israélienne Farzaneh Kohen et que je lui ai parlé de mon projet, il est apparu que nous devions la faire ensemble. Un duo, en persan et en hébreux, pour l’amitié entre nos peuples :

Depuis, j’ai reçu plusieurs menaces de mort, dans ma boîte aux lettres, ici, à Strasbourg, et par e-mails.

Ça n’a pas plu aux fanatiques

Avant la révolution islamiste, à l’époque du Shah, beaucoup d’Iraniens juifs vivaient dans le royaume alaouite. Avec l’arrivée de l’ayatollah Khomeini, ils ont fui en Israël ou les pays d’Europe. C’est le cas de nombre de mes amis.

C’est ce qui a été le moteur de ma collaboration avec Farzaneh Kohen : prôner la paix entre nos deux pays, dans nos langues respectives, pour que notre message soit audible par nos deux peuples.

Ça n’a pas plu aux fanatiques, qui avaient déjà commencé à s’en prendre à moi en octobre 2015, lorsque j’ai enregistré ma chanson « Ô, dame orientale« , sur les droits des femmes iraniennes.

Dès sa sortie, elle a fait grand bruit dans l’ancien pays du Shah – les radios iraniennes ne diffusent pas mes chansons, mais n’importe qui peut les écouter sur YouTube et à travers les médias israéliens et persans, en dehors d’Iran.

Ma mère s’est mise à recevoir des coups de fils anonymes dans notre maison de Téhéran. On l’a mise en garde : si son fils continuait dans cette voie, il lui arriverait quelque-chose.

J’ai donné des interviews pour faire la promotion de la chanson. Or le gouvernement a un œil sur tous les médias persans, mêmes sur ceux qui ne sont pas situés en Iran. Les menaces se sont précisées.

Les policiers m’ont recommandé de déménager

Je soupçonne les services secrets iraniens d’être à l’origine de ces menaces : comment, sinon, réussir à trouver l’adresse de ma mère et son numéro de téléphone en Iran, et dans le même temps mes coordonnées, ici, à Strasbourg ?

J’ai évidemment porté plainte. Au commissariat, on m’a conseillé de ne pas sortir de chez moi jusqu’à nouvel ordre. Les policiers m’ont même recommandé de déménager, en me disant que je ne devais pas me rendre dans des lieux trop fréquentés, ou au contraire trop vides. Il me fallait également changer de d’itinéraire à chaque fois que je rentrerais chez moi.

Je suis terrorisé. Je ne dors plus et guette ma boite aux lettres. J’ai pris un avocat et consulte un psychologue. Mais j’ai décidé que je ne céderai pas à la peur. Je reste prudent, mais ne renoncerai pas à mes idées.

Il est clair que je ne pourrai plus jamais retourner en Iran. J’ai demandé l’asile en France fin novembre 2015, mais je n’ai toujours pas reçu ma carte de séjour. D’ici là, je ne peux pas circuler librement dans le pays, travailler et reprendre mes tournées.

Avec la sortie du clip irano-israélien prévue cet été, j’ai très peur que les menaces soient mises à exécution

Propos recueillis par Julia Mourri pour LePlusNouvelObs

Chanteur d’opéra iranien, Leonardo Tajabadi est menacé de mort jusque dans son exil à Strasbourg

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2 réflexions sur “Iran – Menacé de mort pour avoir chanté la paix avec une artiste israélienne, Léonardo, enfin régularisé

  1. Le moins que l’on puisse dire est que la « révolution » iranienne n’a pas amené un progrès, surtout pour les femmes.
    De là à dire que c’était « merveilleux » du temps du Chah… C’était une dictature appuyée sur une police politique omnipotente (la Savak) et les progressistes n’étaient pas mieux traités que les islamistes.

    J'aime

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