RIP – La scientifique et féministe canadienne Ursula Franklin est morte

Pionnière de la recherche scientifique, la physicienne et féministe Ursula Franklin est décédée vendredi à l’âge de 94 ans. 

Pacifiste, contre l’utilité de la guerre et mettant en garde sur les bienfaits de la technologie comme outil de libération, elle a œuvré pour la promotion de l’égalité des filles et des femmes au Canada. Enseignante et chercheure, elle a découvert la présence de substances radioactives dans les dents de lait d’enfants, travaux qui ont participé à l’arrêt des essais nucléaires lors de la guerre froide. 

Elle a fait remarquer que de nombreux défenseurs éminents des droits des femmes tels que Jane Addams et Sylvia Pankhurst étaient pacifistes.

«Pour moi, la lutte pour les droits des femmes et l’opposition au militarisme sous toutes ses formes sont les deux faces de la même médaille. »

Elle pensait aussi que l’industrialisation, loin de participer à l’émancipation des femmes en les sortant de leurs tâches ménagères, participe à établir des structures de pouvoir et de contrôle « comme des patrons de mâle dominant », tels que la hiérarchie, l’autoritarisme, la concurrence et l’exclusion. 

Pour elle, les travailleuses sont souvent victimes de ces modèles. Les machines à coudre mécaniques furent introduites en 1851 avec la promesse qu’elles allaient libérer les femmes des corvées ménagères. Mais quand ces machines se sont retrouvées dans des ateliers clandestins pour produire des vêtements à faible coût, la nouvelle technologie a été utilisée pour exploiter les travailleuses : 

« Une technologie strictement normative avec la division classique du travail fit son apparition (…) Dans l’évolution ultérieure de l’industrie du vêtement, une grande partie de la conception, la coupe, et l’assemblage commença à être automatisé, souvent à l’exclusion complète des travailleuses. »

De même pour les femmes standardistes qui contribuèrent à l’introduction du réseau téléphonique mais furent remplacées par des tableaux automatisés. De même pour les secrétaires, qui avaient du mal à faire fonctionner les premiers modèles de machine à écrire mais finirent par exécuter des tâches de plus en plus fragmentées et dénuées de sens : 

« Beaucoup de systèmes technologiques, quand on les examine selon leur contexte et leur conception globale, sont fondamentalement anti-personne (…) Les gens sont considérés comme des sources de problèmes tandis que la technologie est perçue comme une source de solutions. » 

En conséquence, les gens vivent et travaillent dans des conditions structurées pour le bien-être de la technologie, même si les fabricants et les promoteurs présentent toujours de nouvelles technologies libératrices. Ursula Franklin soutenait que le travail pourrait être réalisé de manière moins prescriptive dans des lieux de travail qui sont moins rigidement hiérarchiques, si nous décidions d’adopter des pratiques plus globales, basées sur la façon dont les femmes travaillent traditionnellement dans la gestion de ménages par exemple, ou dans les soins pour les enfants. 

Elle conclut qu’elle a été guidée dans la compréhension de ce qu’elle appelle « le monde réel » par « les cartes du pacifisme et du féminisme »

« J’en suis venue à ne pouvoir ni ne vouloir orienter ma vie selon les cartes nationales représentant les domaines tels que « eux » et « nous », « bons » et « méchants », « gagner », « vaincre et être vaincu », bref, toutes ces cartes dressées pour le voyage vers le gain privé et la promotion personnelle. » 

On la remercie pour tout.

Sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Ursula Franklin en 1970 PHOTO : CHUCK MITCHELL

Ursula Franklin en 1970 PHOTO : CHUCK MITCHELL

Ursula Franklin est née en Allemagne et a immigré au Canada en 1949 pour étudier après avoir survécu à l’Holocauste.

La physicienne et chercheuse est devenue la première femme professeure de la Faculté de génie de l’Université de Toronto, en 1984.

« Pendant toute sa carrière, elle a été toujours la première, la pionnière et la femme, » Monica Franklin, fille d’Ursula Franklin.

Scientifique et pacifiste

Dans les années 1960, elle détecte la présence de substances radioactives dans les dents de lait d’enfants canadiens, une découverte qui aurait contribué à la fin des essais nucléaires pendant la guerre froide.

« C’était un peu déroutant parce que c’était ma dent, se rappelle son fils, Martin Franklin. J’avais à peu près 7 ans à l’époque et alors que les autres enfants avaient la fée des dents qui passait, la mienne était analysée pour détecter du strontium 90. »

L’héritage d’Ursula Franklin est toujours bien vivant dans la Ville Reine : une école secondaire porte son nom et ses carnets de notes sont conservés dans les archives de l’Université de Toronto.

Ursula Franklin et son mari, Fred, mardi dernier à Toronto. L'ex-professeure de l'Université de Toronto s'est éteinte vendredi. PHOTO : MARTIN FRANKLIN

Ursula Franklin et son mari, Fred, mardi dernier à Toronto. L’ex-professeure de l’Université de Toronto s’est éteinte vendredi. PHOTO : MARTIN FRANKLIN

Pacifiste et quaker, Ursula Franklin a dit dans une entrevue qu’elle voulait contribuer à la paix dans le monde.

Sa fille, Monica Franklin, affirme qu’« elle se mettait en colère », par exemple au sujet de la guerre du Golfe dans les années 1990, que la scientifique qualifiait de « totalement et complètement folle ».

« Lorsqu’elle voyait des choses avec lesquelles elle n’était pas d’accord et qu’elle n’aimait pas, elle vous expliquait pourquoi elle ne les aimait pas et ce qu’il fallait faire », raconte sa fille.

Une enseignante qui a inspiré des générations d’étudiants

Son fils dit que son travail d’enseignante, qu’elle a exercé pendant quatre décennies, a eu une influence importante sur de nombreux étudiants qui l’admiraient.

« Sa responsabilité, pour elle, était d’ouvrir des portes [pour les autres], »  Martin Franklin, fils d’Ursula Franklin.

Les enfants d’Ursula Franklin affirment que leur mère croyait tout simplement aux petits gestes, qui en entraînaient de plus grands.

L’Académie Ursula-Franklin, l’école secondaire de Toronto baptisée en son honneur, a prévu de lui rendre hommage.

Source : ici.radio-canada.ca

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