« Je suis Amira Merabet… j’ai été brûlée vive » : les violences contre les femmes ne sont pas des faits divers

Comme chaque matin, Amira Merabet part travailler. Mais ce matin là, elle a été agressée et brûlée vive en pleine rue par un homme, toujours en fuite, à El-Khroub. Amira a été évacuée au CHU de Constantine mais a succombé à ses brûlures. Elle a été inhumée mardi 6 septembre.

Des collectifs de défense des droits des femmes ont organisé ce samedi des rassemblements à Alger, Oran et Constantine pour dénoncer les violences faites aux femmes dans l’indifférence générale. 

A toutes ces victimes sans nom, sans histoire… A toutes les femmes violentées, ou pas… Demain, ce sera peut être votre tour. Levez-vous ! Indignez-vous. Arrachons notre liberté avant qu’il ne soit trop tard.

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Réunis devant la Grande Poste, plusieurs dizaines de manifestants ont posé des bougies à la mémoire d’Amira et de toutes les femmes victimes des violences sexistes. A travers cette protestation pacifique, ces manifestants espèrent une réelle prise de conscience nationale pour mettre fin aux violences faites aux femmes.

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 » Je suis Amira Merabet, morte parce que FEMME dans un pays qui n’a pas su me protéger. « 

Violences contre les femmes : Ce ne sont plus des faits divers

Ce n’est pas un fait divers. Et l’information mérite mieux que les quelques lignes qui lui ont été consacrées dans les pages locales de la presse nationale.

Une jeune femme de 34 ans a été brûlée vive, il y a une semaine à El Khroub, 16 km au sud de Constantine. Un acte prémédité qui renseigne sur l’état de déliquescence de la société. Un acte qui a jeté l’émoi au sein de la population, mais n’a suscité aucune réaction. C’est un cas de violence.

Encore un. L’acharnement contre les femmes ne cessera-t-il donc jamais dans un pays qui, il y a tout juste dix mois, a adopté une loi criminalisant ces violences ? Amira, c’est elle la victime cette fois-ci. En ce matin du 29 août, elle s’apprêtait certainement à rejoindre son travail. Il était 8h passées dans cette rue de la cité du 20 Août à El Khroub.

Elle allait probablement entamer une journée ordinaire en cette fin d’été 2016, mais un homme en a décidé autrement. Il s’approcha d’elle, l’aspergea d’essence et la transforma en une torche humaine.
Une fois le temps de l’émotion et de la compassion écoulées, la société a repris le cours de sa vie. Ce n’est qu’un cas de violence qui vient s’ajouter aux statistiques morbides. Les médias ont expédié une information, sur un ton laconique, sans lui accorder le traitement qui s’impose. Personne n’a dénoncé cette agression.

Les forces vives se sont tues devant une agression innommable. Les associations féministes et autres se sont murées dans le silence. Les organisations des droits de l’homme n’y ont pas décelé une atteinte physique à un être humain et à sa dignité. Pas de position, encore moins de déclaration. Une victime est morte et son assassin, bien qu’identifié, court toujours. La seule réaction qui mérite d’être citée est venue d’une internaute.

Une amie ou une inconnue, seule ou avec un groupe, peu importe. Amel a lancé un cri à la face d’une société, devenue aphone, insensible et inerte :

«Assassinée dans l’insouciance… assassinée avec la bénédiction des médias silencieux de mon pays… assassinée sous les yeux de ma société qui s’en fout… Que faire ? Dénoncer le féminicide… ou dénoncer le silence d’une société sans voix devant un crime aussi crapuleux, juste… parce que crapuleux pour elle devient droit et nature quand on est un homme ?»

Là où les rédacteurs de ce réquisitoire auront le mérite, à défaut de ne pas ébranler les consciences, de rappeler que les violences faites aux femmes ne sont pas une vue de l’esprit, c’est une réalité, une tare que la société, au nom de la sacro-sainte loi des us et traditions, couvre et minimise la portée. En décembre 2015, la Chambre haute du Parlement a enfin consenti à l’entérinement de la loi contre les violences faites aux femmes, dix mois après que le projet ait été adopté par l’Assemblée. Le combat pour faire aboutir ce texte n’a pas été de tout repos.

C’est le couronnement d’une lutte ininterrompue menée à bras-le-corps par des associations qui ont tiré la sonnette d’alarme sur un phénomène étouffé par le poids du patriarcat. Une avancée, saluée par les uns et décriée par d’autres. Un crime de lèse-majesté pour les conservateurs qui ont qualifié cette loi de «liberticide vouant aux gémonies le socle familial et la dissolution de la cellule sociale».

Le poids du conservatisme

La loi en question prévoit, notamment, des peines d’emprisonnement mais aussi la perpétuité «si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort, l’ont pourtant occasionnée». Le harcèlement dans la rue, autre visage de la violence, est sévèrement puni.

Le texte a toutefois été critiqué par bon nombre d’associations et ONG, dont Amnesty International, en raison d’une clause relative au «pardon» de la femme qui peut mettre fin aux poursuites judiciaires contre son agresseur. Une disposition qui n’est autre qu’une «pression supplémentaire sur les victimes déjà fragilisées pour ne pas aller jusqu’au bout de leur demande de justice…

Très peu de plaintes atterrissent au tribunal parce que l’agresseur, la famille, l’entourage, les difficultés d’accès à la justice, le manque d’autonomie et de ressources obligent les victimes à se résigner, subir la violence jusqu’à ce que mutilation ou mort s’ensuive», avait analysé la sociologue Dalila Djerba, du réseau Wassila. D’où les statistiques faussées concernant le nombre d’agressions contre les femmes qui, même s’il est élevé, demeure en dessous de la réalité. Soumia Salhi, coordinatrice du collectif Stop à la violence !

Les droits aux femmes maintenant — composé de diverses associations et activistes, qui s’est constitué en 2010 pour mener une campagne de plaidoyer en faveur de l’avènement d’une loi-cadre sanctionnant les violences à l’encontre des femmes — avait mis le doigt dans un ancrage, presque immuable, dans la société lors de l’une de ses interventions.

«La société demeure dominée par une religiosité traditionnelle. Les progrès sont immenses mais l’adaptation des mentalités est en retard. Pour une militante féministe, le plus difficile est de faire accepter ses revendications et ses comportements par sa famille et par son quartier.»

La loi est aujourd’hui effective. Les agressions contre les femmes le sont aussi. En principe, la force de la loi est dissuasive, mais le conservatisme est très puissant dans notre société. Un anachronisme manifeste qui place, selon des associations, «les femmes dans une position subordonnée, sous autorité masculine dans la vie familiale et conjugale, et ceci même si une égalité formelle est inscrite dans la loi pour ce qui concerne la vie politique».

Naïma Djekhar

Je suis Amira Merabet…..j’ai été brûlée vive….par un diable humain dont la haine envers la femme en moi ne lui donna pas seulement l’envie de me tuer…mais de me brûler vive en commençant par défigurer mon visage et brûler tout mon pauvre et faible corps par la suite….ne vous inquiétez pas, je suis juste morte…et il est juste en fuite…..

Que faire !!!! Dénoncer le féminicide… Ou dénoncer le silence d’une société sans voix devant un crime si crapuleux, juste parce que crapuleux pour elle devient droit et nature quand on est un homme…. !

Assassinée dans l’insouciance…. Assassinée avec la bénédiction des médias silencieux de mon pays….assassinée devant les yeux de ma société qui s’en fout…ma société qui trouve que le fait qu’une femme quitte son mec est un acte plus grave que celui commis par mon bourreau… Mon bourreau est moins jugé que Ikram… Mon bourreau m’a juste brûlé vive….j’ai souffert ..j’ai été défigurée, agressée, violentée, traumatisée….hospitalisée puis amputée…et au final….. juste morte….tout cela avec la bénédiction de ma société qui a plus réagi contre la décision de rupture d’une femme, que contre mon cruel assassinat….. Car moi et elle dans ma société soit on occupe le siège de l’accusé et du coupable, soit rien….juste rien. !

Je suis Merabet Amira… J’avais 34ans…je suis d’El Khroub de Constantine, c’est là-bas que j’habitais….c’est là-bas que je travaillais…c’est là-bas que mon bourreau m’a piégé…..c’est là-bas que j’ai été hospitalisé…c’est là-bas qu’à mes blessures j’ai succombé….et c’est aussi là-bas qu’en ce triste 06 Septembre 2016 je suis enterrée sans même pas que la quasi totalité de ma société ne dénonce ce que que j’ai subi…. J’ai subi une atroce torture avant de succomber à mes blessures…une torture peut être moindre finalement face à la torture de ma société misogyne….qui ne voit en moi qu’un être mis tout le temps en examen, et dont la seule mission et de ne pas décevoir les principes d’une société misogyne, patriarcale et surtout injuste.. Rejoindre feu Razika Cherif dans la liste des femmes victimes d agressions faites aux femmes, pour ma société est plus souhaitable que de rejoindre une femme libre qui souhaite simplement divorcer…

Je suis Merabet Amira, mon bourreau m’a brûlé vive, il a pris la fuite…et ne vous inquiétez pas en ce qui me concerne…car moi dans votre silence je suis juste morte…

Ecrit par Amel Hadjadj

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