Mobilité et précarité, deux enjeux très liés pour les femmes

Un rapport fait état des difficultés de mobilité des femmes participant à leur précarisation.

Parce qu’on n’a pas toutes les moyens de s’acheter une bonne voiture pour se rendre au boulot. Et on n’a pas toutes un bon boulot qui nous permet de nous acheter une bonne voiture, même à crédit ! Loin de là. 

Ce sont les plus précarisées, qui galèrent dans les transports en commun (2/3 sont des femmes) et qui de surcroît, sont obligées de subir les harceleurs en partant travailler ! Ce sont celles qui vivent dans une commune rurale et peu desservie par les transports en commun, qui sont renvoyées à leurs foyers. Avec la médaille décernée aux plus précaires des précaires, les femmes à la tête de familles monoparentales..

Un quai du RER A, en décembre 2009. AFP/MIGUEL MEDINA

Un quai du RER A, en décembre 2009. AFP/MIGUEL MEDINA

Le 20 septembre, la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances du Sénat publiait un rapport sur les femmes et l’automobile. Un rapport qui revient sur les difficultés de mobilité des femmes, obstacles qui participent à leur précarisation.

A l’occasion du lancement du Mondial de l’automobile, Chantal Jouanno, présidente de la délégation sénatoriale aux droits des femmes, a présenté un rapport portant sur les femmes et les voitures. Le rapport, qui met en avant les liens forts entre mobilité difficile et précarité des femmes, s’inscrit dans la droite ligne des nouvelles réflexions autour de la « mobilité inclusive ».

Les femmes, premières utilisatrices de transports en commun

Parmi les études citées par la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances du Sénat, on trouve le rapport « Transport et parité des sexes » de l’OCDE. Selon ce rapport, à l’échelle européenne, « pour les transports collectifs rapides (train de banlieue, métro, tramway), on retrouve hommes et femmes dans la même proportion ».

Cette même étude souligne cependant qu’en France la répartition des hommes et des femmes tous transports en commun confondus est loin d’être paritaire : « Les hommes n’utilisent les transports en commun que pour 10 % de leurs déplacements, et deux tiers des voyageurs empruntant les transports en commun sont des femmes. »

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Cette différence d’usage des transports en commun entre femmes et hommes peut s’expliquer en partie par le plus faible taux de détention du permis de conduire par les femmes.

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Mais cet usage très important des transports en commun par les femmes apparaît cependant contradictoire avec leurs besoins.

« Alors que les services de transport public (transport collectif public ou privé, mais aussi taxis) sont le plus souvent conçus pour des déplacements vers les centres-villes, aux heures de pointe, les femmes ont aussi besoin de services de transport de proximité, en dehors des heures de pointe et permettant des trajets en chaîne. »

Ces besoins sont liés à une répartition encore très genrée des rôles sur le plan professionnel et familial. Elles ont encore souvent pour tâche quotidienne l’accompagnement des enfants (ce qui constitue 18 % de leurs déplacements, contre 11 % pour les hommes en Ile-de-France, selon le STIF, qu’elles enchaînent parfois avec des achats domestiques ou le travail. A l’opposé des traditionnels allers-retours vers le centre des villes, ces déplacements dessinent les « trajets en chaîne » évoqués par l’OCDE.

Précarité et difficultés d’accès à la possession d’un véhicule

Posséder un véhicule privé entraîne des coûts très importants, voire insoutenables pour les plus précaires. C’est ce qu’avance l’étude de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale citée par le rapport du Sénat. Posséder un véhicule coûte environ 300 euros par mois de dépenses presque incompressibles (achat, entretien, assurance, carburant, etc.). Si on ne s’intéresse qu’aux dépenses de transport, les couples avec enfants s’en sortent mieux que les autres, leurs revenus disponibles moyens étant supérieurs à ceux des couples sans enfant. Pour toutes les autres catégories de ménages vivant sous le seuil de pauvreté, cette dépense dépasse 20 % du revenu.

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Si le taux de pauvreté pour les personnes vivant seules est peu différencié entre les hommes et les femmes, les femmes à la tête d’une famille monoparentale sont nettement plus exposées à la pauvreté que les hommes à la tête d’une famille monoparentale. Elles sont également nettement plus nombreuses : d’après le rapport, 85 % des familles monoparentales sont constituées de mères avec enfants.

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Ces femmes cumulent alors tous les handicaps, ce qui rend difficile la sortie de la pauvreté. La délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances du Sénat cite l’étude « Mobilité inclusive » :

« Aux difficultés organisationnelles liées à la garde des enfants et aux conditions de logement, s’ajoutent pour ces familles des difficultés d’ordre économique qui pénalisent fortement la mobilité. L’accès à l’emploi, déjà contraint par le faible niveau de qualification des femmes élevant seules leurs enfants, s’en trouve encore plus limité. »

La banlieue et les zones rurales

Dans son dernier rapport, publié mardi 11 octobre, l’Institute for Transportation and Development Policy (ITDP) recensait le nombre de personnes habitant à moins d’un kilomètre d’un réseau « efficace » (rapide, fréquent, avec des arrêts rapprochés) à Paris et dans sa banlieue. Si les habitants intra-muros profitent d’un réseau très « efficace » au sens de l’ITDP, l’accessibilité des transports en commun diminue de moitié en banlieue parisienne.

Un manque d’accessibilité qui touche d’abord les femmes vivant dans les zones urbaines sensibles (ZUS). En effet, elles sont encore plus touchées par la précarité : 47 % sont inactives (contre 28,5 % en moyenne en France) et 38,8 % vivent sous le seuil de pauvreté (contre 13,9 % en moyenne en France). En outre, plus d’un quart des femmes vivant en ZUS est à la tête d’une famille monoparentale (contre 7 % en moyenne en France).

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Un cumul des difficultés que souligne l’étude « Mobilité inclusive » :

« Parmi les personnes en insertion, employées avec des contrats aidés, on trouve beaucoup de femmes seules élevant leurs enfants. Ces femmes sont depuis bien longtemps éloignées de l’emploi, dans une situation de précarité financière, sans moyen de locomotion personnel, et se voient proposer des emplois en horaires décalés et inaccessibles en transports en commun. »

Si les femmes vivant dans les zones rurales sont en moyenne légèrement moins exposées à la pauvreté qu’ailleurs, elles constituent malgré tout un groupe précaire : 39 % des femmes vivant en zone rurale ont un travail à temps partiel, contre 18,8 % des salariés français (et 29 % des femmes en France). Elles font face aux mêmes problématiques de manque de transports en commun réguliers, de division genrée des tâches qui astreint aux « trajets en chaîne » ainsi que de forte prégnance du temps partiel, tout en y ajoutant les difficultés de garde d’enfants.

Ainsi, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes compte « en moyenne quatre places d’accueil pour dix enfants en milieu rural contre cinq places pour dix enfants au plan national ».

Bien que balbutiante, la réflexion autour de la « mobilité inclusive » tente de réconcilier les politiques de transports au sein des politiques de la ville et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Un rapprochement pas toujours facile. Lors de la Journée sans voiture du dimanche 25 septembre, la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’est ainsi vu reprocher de ne pas prendre en compte les besoins des personnes habitant en banlieue parisienne, pour qui l’accessibilité des transports en commun se révèle plus compliquée qu’intra-muros.

Source : lemonde.fr/les-decodeurs

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