Avoir ses règles, un cauchemar de plus pour les femmes assiégées en Syrie

Dans les pays en guerre ou lorsque les populations sont déplacées, on n’a pas le temps de faire ses bagages ni d’emporter les produits de première nécessité.

Il est donc difficile d’imaginer comment les filles et les femmes peuvent gérer leurs règles, lorsqu’elles marchent sans cesse à travers les champs ou le long des voies ferrées, sans un accès à des toilettes ou à de l’eau. Il est tout aussi difficile d’imaginer comment elles peuvent éviter les taches qui s’accumulent sur leurs vêtements lorsqu’elles sont entassées dans les gares ou sur des bateaux pendant des jours et des jours. Comment peuvent-elles acheter ou trouver des protections hygiéniques sur la route de leur exode, d’autant plus lorsqu’elles traversent des villes hostiles ? Ou trouver des analgésiques pour soulager les crampes menstruelles lorsqu’elles marchent, pour les aider à supporter à douleur ?

A ce jour, peu de rapports ont parlé des règles en situations de conflits, même lorsque nous lisons des infos sur des installations en cours de création dans les zones frontalières, avec parfois la fourniture d’eau, nul n’en fait état.

Lorsqu’elles rencontrent des bénévoles dans les gares et les passages frontaliers, avec des colis de produits de première nécessité, ce sont des aliments, des vêtements… mais jamais ou très rarement, des protections hygiéniques, du savon, des sous-vêtements ou des seaux pour laver leurs tâches. 

Parler des règles c’est tabou, c’est du sang, ça choque, c’est un sujet qui dégoûte. C’est pourtant une vraie problématique pour ces femmes. Dans les pays en guerre, elles ont toujours leur règles. Comme les protections hygiéniques se font rares, elles ont alors recours aux « méthodes traditionnelles » qui consistent à utiliser de vieux vêtements ou des chiffons, les exposant à des infections ou des maladies.

«Quand les produits d’hygiène féminine se sont raréfiés en 2012, c’est devenu très difficile pour moi (…) «J’ai dû utiliser de vieux habits (en guise de protection). Mais j’ai commencé à avoir des infections, alors j’ai décidé d’acheter quelques serviettes hygiéniques seulement et de n’en utiliser qu’une par jour pour ne pas les épuiser trop vite (…) J’essaie de me soigner mais c’est long»

«Même si je m’habitue à la douleur de mes règles, je dois trouver les moyens de me laver. Je ne sais pas si nous allons un jour nous habituer..»

Il y a donc un effort à faire en parlant plus ouvertement des règles afin d’aider les filles et les femmes dans les situations d’urgences. Il y aurait aussi un engagement possible à mener auprès des organisations humanitaires, en lançant pourquoi pas, des campagnes de collectes en destination des camps de réfugiés-es ..

L'Unicef a distribué cette année environ 840 000 serviettes périodiques dans les zones assiégées alors qu'il faudrait en principe 10 millions de serviettes par an. (photo: AFP)

L’Unicef a distribué cette année environ 840 000 serviettes périodiques dans les zones assiégées alors qu’il faudrait en principe 10 millions de serviettes par an. (photo: AFP)

Pour les femmes assiégées en Syrie, les règles sont un gros problème en plus des autres

N’ayant accès qu’à une quantités insuffisante de produits hygiéniques, les femmes syriennes vivant dans des villes comme Alep doivent recourir aux méthodes traditionnelles, mais s’exposent à des infections et des maladies.

Comme beaucoup de femmes, Houda appréhende la venue de ses règles. Moins pour la douleur qu’en raison du manque de serviettes hygiéniques et d’eau dans la ville syrienne où elle vit, assiégée depuis des mois.

«Quand les produits d’hygiène féminine se sont raréfiés en 2012, c’est devenu très difficile pour moi», raconte cette résidente de Saqba, une ville tenue par les rebelles syriens dans la plaine de la Ghouta, près de Damas.

Depuis 2013, Saqba est coupée du monde, assiégée par les forces du président Bachar al-Assad et régulièrement bombardée. Houda, comme d’autres femmes de villes assiégées qui ont parlé à l’AFP par téléphone, préfère utiliser un pseudonyme, évoquer ouvertement le cycle menstruel étant généralement tabou en Syrie.

«J’ai dû utiliser de vieux habits (en guise de protection). Mais j’ai commencé à avoir des infections, alors j’ai décidé d’acheter quelques serviettes hygiéniques seulement et de n’en utiliser qu’une par jour pour ne pas les épuiser trop vite», confie cette jeune femme de 23 ans. Mais leur réutilisation a entraîné des mycoses, des douleurs au rein et des infections vaginales et urinaires. «J’essaie de me soigner mais c’est long», dit-elle, car elle ne peut se permettre financièrement d’acheter les bons médicaments.

Dans la Syrie en guerre, plus de 860 000 personnes vivent dans des localités soumises à un siège. L’accès à la nourriture, à l’eau, au fioul pour se chauffer ou s’éclairer ainsi qu’à d’autres denrées essentielles est une lutte quotidienne. Pour les femmes, il est encore plus ardu de trouver des protections hygiéniques et de l’eau propre.

Des quantités insuffisantes distribuées par les organisations humanitaires

Les serviettes périodiques font partie des kits sanitaires distribués par les organisations humanitaires aux villes assiégées, mais en quantité nettement insuffisante, selon des femmes interrogées par l’AFP. L’Unicef affirme avoir distribué cette année 84 000 paquets de 10 serviettes chacune dans ces zones, contre 17 000 en 2015. Or, si un tiers seulement des 860 000 habitants assiégés étaient des femmes en âge d’avoir leurs règles, il faudrait en principe 10 millions de serviettes par an, soit au minimum un million de paquets pour satisfaire les besoins.

A la tête d’un centre d’aide aux femmes de la Ghouta orientale, une région rebelle située à l’est de Damas, Laila Bakry confirme que se procurer des serviettes est très difficile et que leur prix est exorbitant. Beaucoup de femmes en sont réduites à ce qu’elle appelle pudiquement la «méthode traditionnelle», à savoir l’utilisation de chiffons.

Mais elles ne sont pas au bout de leurs peines car elles doivent les laver et «souvent il n’y a pas d’eau, et quand il y en a, il est difficile de la faire bouillir faute de fioul ou d’électricité». Rania, 18 ans, qui fréquente ce centre basé dans la localité de Douma, a eu ses premières règles en 2011, quand serviettes périodiques, antalgiques, fioul et eau étaient encore disponibles. Depuis le début du siège il y trois ans, tout est devenu difficile à se procurer, la nourriture, l’eau et le reste.

«Même si je m’habitue à la douleur de mes règles, je dois trouver les moyens de me laver. Je ne sais pas si nous allons un jour nous habituer» à cette situation, lâche-t-elle.

Des médicaments périmés

Les rigueurs du siège entravent les traitements, d’autant que les quelques gynécologues encore en activité sont débordés.

«Même si un spécialiste voit la patiente assez tôt, établit son diagnostic et prescrit un traitement, les médicaments ne sont pas disponibles. Se les procurer prend beaucoup trop de temps et certains sont inabordables», souligne Laila Bakri.

Les organisations humanitaires internationales autorisées à entrer dans les localités assiégées indiquent ne pas pouvoir, pour des raisons culturelles, examiner les femmes souffrant de complications.

«Comme la question est très sensible, les équipes chargées de faire une évaluation sanitaire n’ont pas été en mesure de rassembler des informations sur des complications médicales potentielles», note Ingy Sedky, du Comité international de la Croix-Rouge.

Plus au nord, dans les quartiers rebelles d’Alep, assiégés et soumis à des bombardements intensifs de la part du régime et de la Russie, Baraa, une infirmière travaillant avec une gynécologue, explique que les femmes sont obligées en désespoir de cause d’utiliser des médicaments périmés.

«Faute d’eau potable et d’une hygiène convenable, nous constatons des infections gynécologiques. La doctoresse avec laquelle je travaille affirme qu’elles ont nettement augmenté ces dernier mois», a-t-elle confié à l’AFP.

Depuis le 22 septembre, près de 500 personnes ont été tuées dans les quartiers rebelles d’Alep. De nombreuses femmes n’ont plus leurs règles ou au contraire saignent abondamment. Des dérèglements pour lesquels, selon Baraa, «l’instabilité et l’anxiété» causées par les combats «jouent un rôle considérable».

Source, Liberation.fr – Note : cet article, publié par l’AFP, est signé Maya Gebeily.

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