Faut-il vraiment arrêter de travailler le 7 novembre à 16h34 ?

Visuel de l'événement des Glorieuses.

Visuel de l’événement des Glorieuses, très stéréotypé.

La question reste entière : fallait-il s’arrêter de travailler et « faire grève » à l’appel d’une newsletter (Les Glorieuses associée au Salon des dames) ?

le-7-novembre-arretez-de-travailler-a-16h34-pour-l-egalite-des-salaires_exact1024x768_pUn point de vue qui y répond plus largement : Le leurre du féminisme choupi

Un article pour pousser plus loin la réflexion. La place et l’engagement des plus précaires (et les femmes sont doublement concernées !) dans les luttes : Précaires mobilisations   

Parce que celles qui ont rejoint l’appel de cette newsletter Les Glorieuses (une centaine de personnes), sans n’avoir rien préparé en amont (contrairement aux islandaises, qui étaient elles, des dizaines de milliers à manifester et faire grève), sans être soutenues par une instance syndicale, sans caisse de grève pour compenser la perte de salaire généré par cet appel, dont l’objectif est justement les salaires, ne peuvent être celles qui risquent un licenciement en désertant leur emploi.

« Pourquoi les femmes (sous-entendu et non les hommes sympatisants), qui sont justement les plus précaires, se mettraient en danger et arrêteraient d’être payée à 16h34 lundi, justement pour prouver qu’elles sont moins payées ? »

Le 7 novembre, une opération de pub (pas une initiative féministe appelant au ralliement), rejointe par les médias, le CNDF, quelques militantes et des femmes politiques (celles-là même qui votent nos lois !). Le patriarcat soutenu par la société capitaliste et ses élues, n’avait rien à craindre d’une newsletter jetant en pâtures nos revendications.

Parce que vous croyez vraiment, qu'un homme, le 1r ministre, une ministre de son gouvernement à l'initiative de la casse du code du travail, et une fasciste, seraient pour l'égalité salariale ?

Plus sérieusement, un homme, 1r ministre de son « état », une ministre de son gouvernement à l’initiative de la casse du code du travail et une fasciste, seraient nos alliés ?

Faut-il vraiment arrêter de travailler le 7 novembre à 16h34 ?

L’appel à la mobilisation, qui vise à protester contre les inégalités salariales entre les hommes et les femmes, initiée par la newsletter féministe Les Glorieuses, ne fait pas l’unanimité.

L’appel à la mobilisation a été lancé la semaine dernière. Peut-être l’avez-vous vu passer sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #7novembre16h34. A partir de cette date et de cette heure, les femmes travailleront «bénévolement» le reste de l’année en France. Les 38 jours ouvrés restant représentent la différence de salaire femmes-hommes, ces dernières étant payées 15,1 % de moins que leurs collègues masculins, si l’on se fie aux chiffres de la Commission européenne – en mars dernier, une étude de l’Insee, elle, estimait cet écart à 19% en moyenne, soit 455 euros. L’initiative, lancée par une newsletter féministe, Les Glorieuses, s’inspire de la grève des femmes organisée le 24 octobre dernier en Islande. Des milliers de travailleuses avaient foulé le pavé, vêtues de noir, pour protester contre les inégalités salariales. Si la mobilisation des insulaires a été largement saluée, l’initiative française, elle, semble moins faire l’unanimité. Ces derniers jours, plusieurs internautes ont interpellé les organisatrices, notamment sur le flou entretenu autour de la nature de l’évènement. Que lui est-il reproché exactement ? On fait le point.

De ne pas vraiment appeler à la grève

La mobilisation hexagonale s’inspire ouvertement de l’exemple islandais. Pourtant, il ne s’agit pas d’un appel à la grève générale, comme ce fut le cas sur l’île le 24 octobre. L’événement de lundi a pourtant été interprété, à tort, comme tel. «Les Françaises appelées à se mettre en grève le 7 novembre à 16h34», a par exemple titré Le Figaro. «Alors, tu fais grève lundi, toi ?» nous a aussi demandé une collègue, pourtant bien informée. Les organisatrices ont ainsi été interpellées à plusieurs reprises, pour savoir si un préavis de grève avait été déposé par un syndicat.

Contacté par Libération, Les Glorieuses indiquent avoir relayé leur appel «aux groupes qui s’occupent des inégalités salariales au sein des syndicats», mais aucun appel à la grève n’a été lancé, et aucune caisse de grève, permettant de soutenir financièrement les éventuelles grévistes, n’est prévue. Gaffe donc, car quitter son bureau sans prévenir à 16h34 lundi peut être considéré comme par l’employeur comme une absence injustifiée, ou même un abandon de poste, et donc un motif de licenciement. Plusieurs femmes s’en sont inquiétées sur la page Facebook de l’événement (dont le visuel d’illustration très stéréotypé, depuis remplacé, a aussi fait tiquer). Rien n’empêche cependant pour les salariées du privé d’exercer son droit de grève : sauf exception, le code du travail n’impose, contrairement aux idées reçues, aucun préavis légal, et l’intervention des syndicats n’est pas obligatoire. L’employeur doit être en revanche mis au courant des revendications des grévistes. Pour la fonction publique en revanche, une «organisation syndicale représentative au niveau national» doit déposer un préavis au moins cinq jours avant la date choisie, prévoit le code du travail.

De ne s’adresser qu’à certaines travailleuses

Quitter son poste à 16h34 pour protester contre les inégalités salariales, c’est bien joli, mais tout le monde ne peut pas se le permettre, surtout en l’absence de caisse de grève. La mobilisation sera plus facile pour la salariée d’une start-up par exemple que pour une femme de ménage ou une salariée de la grande distribution, reproche-t-on grosso modo aux organisatrices.

«C’est vrai, mais il ne faut pas oublier que beaucoup femmes sont chômeuses, travaillent en intérim, sont auto-entrepreneuses», et ont donc des horaires flexibles, nuance Fatima Benomar, cofondatrice du collectif Les Effrontées, qui prend part au mouvement. Le soutien au mouvement peut aussi se faire en ligne, via un post Facebook ou Twitter, et ne nécessite pas forcément de se déplacer, répondent aussi les organisatrices.

D’occulter d’autres mobilisations

Cette forme de mobilisation 2.0., ayant pour objectif d’attirer l’attention des médias, ne fait d’ailleurs pas non plus l’unanimité, certaines militantes lui reprochant d’être déconnectées des réalités de terrain. Les Glorieuses ont lancé un manifeste en ligne, un hashtag et même un Thunderclap, une plateforme qui poste automatiquement un message de soutien au mouvement en accédant à nos comptes sur les réseaux sociaux. Des outils de communication que ne maîtrisent pas les travailleuses précaires elles aussi engagées pour l’égalité salariale. Ces derniers mois, plusieurs corps de métiers se sont ainsi mis en grève pour réclamer de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, sans que leurs mobilisations trouvent le même écho médiatique. On pense aux grèves des caissières de Carrefour market, des femmes de ménage d’hôtels de luxe, des salariées de grands magasins ou encore des coiffeuses afro de Château d’eau à Paris ou encore des infirmières.

De ne pas plutôt s’adresser aux hommes

«Et si plutôt que ca soit les femmes qui cessent le travail pour protester contre l’inégalité salariale, c’étaient les hommes ?», interroge la blogueuse Crêpe Georgette dans une série de tweets. Ce serait une «merveilleuse occasion pour les hommes de prouver leur bonne volonté. Un homme pro-féministe pourrait exercer son droit de grève pour protester contre l’inégalité salariale», argue-t-elle. Son argument : pourquoi les femmes, qui sont justement les plus précaires, se mettraient en danger et arrêteraient d’être payée à 16h34 lundi, justement pour prouver qu’elles sont moins payées ? Plusieurs chercheurs, comme le sociologue Lilian Mathieu, ont interrogé cette problématique liant la précarité et les mouvements sociaux.

Le mouvement n’est pas non-mixte, répondent les organisatrices, et tout le monde peut y participer. «Nous appelons les femmes, les hommes, les syndicats et les organisations féministes à rejoindre le mouvement du 7 novembre 16h34 et à multiplier les événements et manifestations pour faire de l’inégalité salariale une problématique politique centrale», détaille ainsi la page dédiée à l’événement. Avec cette date, «on a voulu créer une symbolique autour de l’inégalité salariale, avec une volonté de créer une prise de conscience générale», se défend Rebecca Amsellem, la fondatrice des Glorieuses. «A d’autres organisations de se l’approprier.» Les Effrontées ont par exemple appelé à un rassemblement place de la République à Paris.

Source : liberation.fr

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