Alice Schwarzer : « Cologne a été une guerre sexuelle »

Il y a un an ont eu lieu les agressions de Cologne. Plutôt que l’aveuglement de C. Autain et le silence radio de certaines (assos) féministes qui n’ont pas hésité par ailleurs, à co-signer une pétition avec les islamistes, voici l’entretien dans son intégralité, d’une féministe, réellement féministe, 

Alice Schwarzer : « Cologne a été une guerre sexuelle »

Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point.fr, vendredi 30 décembre 2016

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La grande féministe allemande revient sur la nuit de cauchemar de la Saint-Sylvestre qui a changé l’Allemagne. Entretien.

Il y a un an, les agressions sexuelles de Cologne, durant la nuit de la Saint-Sylvestre, marquaient un tournant pour l’Allemagne d’Angela Merkel. Fallait-il voir dans cette nuit de cauchemar le symptôme d’un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » (Kamel Daoud) du monde arabo-musulman ou alors la simple banalité du sexisme ? Fondatrice du magazine Emma qui fête ses 40 ans, amie de Simone de Beauvoir et féministe la plus célèbre d’Allemagne, Alice Schwarzer s’était depuis longtemps engagée face au politiquement correct et à la « fausse tolérance » contre les islamistes, ces « fascistes du XXIe siècle ». Dans le livre Der Schock , la septuagénaire a expliqué que les agresseurs sont des « adeptes fanatisés de l’islam de la charia », provoquant une guerre des générations avec des féministes plus jeunes pour qui ces positions alimentent le racisme. Pour Le Point , cette chantre de l’égalité absolue des sexes a accepté de revenir sur un réveillon qui a annoncé une année très violente pour l’Allemagne. Entretien.

Depuis février-mars nous avions une idée assez claire de ce qui s’était passé, plus encore aujourd’hui. Voici les faits : plus de 2 000 hommes se sont rassemblés ce soir-là, sur une place de Cologne, éloignée des lieux de fête. Ils étaient en grande majorité algériens et marocains, un tiers d’entre eux étaient sans-papiers. Ils ont mis en pratique une méthode bien connue au Caire ou dans le Maghreb, le « cercle d’enfer ». Leur but était d’humilier les femmes et de chasser ces « putes » des lieux publics. Pour elles, c’était l’enfer, d’autant plus que la police qui était totalement débordée n’a pas pu les protéger. La majorité de ces hommes n’étaient pas de Cologne. Ma thèse est qu’ils se sont donné rendez-vous par mobile et Internet. Cela se confirme. Mais il ne faut pas imaginer une organisation stricte et hiérarchisée. Plutôt un rassemblement informel de petits délinquants islamistes, défenseurs d’un « djihad d’en bas », comme le dit Gilles Keppel. L’Allemagne est en train de prendre conscience de ce phénomène. J’ai parlé il y a quelques jours avec le nouveau chef de la police de Cologne, M. Mathies. 1 310 plaintes ont été déposées, dont 690 pour agressions sexuelles et 28 pour tentatives de viol. Cinq hommes ont été poursuivis et deux jugés.

Cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne a révélé une violence d’un nouveau genre

Le problème de la violence contre les femmes n’est pas nouveau, bien sûr. Une féministe comme moi lutte depuis quarante-cinq ans contre ce phénomène, mais cette nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne a révélé une violence d’un nouveau genre : une action collective, en public, sur la place centrale de la ville et sous les yeux de la police.

C’est tout simplement cynique ! Ce sont des féministes comme moi qui ont analysé la fonction du viol de guerre en premier… Susan Brownmiller dans Against Our Will (1975) et beaucoup d’autres après elle, ont démontré que les viols en temps de conflit sont une arme de guerre. Et Cologne, c’était justement ça : une guerre sexuelle d’hommes – issus de pays profondément patriarcaux – qui ne reconnaissent ni l’égalité des sexes, ni les mouvements féministes.

Oui, je l’ai compris pendant les journées d’avril 1979 à Téhéran. Depuis, je ne n’arrête pas d’informer sur le danger de l’islamisme – pas de l’islam ! – au coeur de l’Europe : drames en Afghanistan, Tchétchénie (où la charia a été instaurée depuis 1994 !), en Algérie et dans les banlieues de Paris ou Berlin. Depuis les années 1980, mon mensuel Emma a été le seul journal de langue allemande à informer et alerter sur « les années noires » de l’Algérie qui ont fait plus de 200 000 morts.

Je suis entièrement d’accord avec lui ! Dans mon livre Le Choc – paru en mai et malheureusement toujours pas traduit en France – je publie le texte de Daoud à propos de la Saint-Sylvestre, ainsi que des textes de trois femmes et hommes musulmans qui tombent d’accord pour dire que cette action revêtait un caractère éminemment politique.

Les féministes du Maghreb, en Égypte, en Iran, en Afghanistan, en Afrique subsaharienne ou chez nous dans les banlieues […] ont vraiment besoin de notre solidarité !

Non, je ne dirais pas ça. Emma a par exemple les plus jeunes lectrices de toute la presse féminine en Allemagne. Des critiques émanent d’un camp très présent sur Internet, plus jeune que moi, très à gauche, et se définissant comme « antiraciste ». Ces « jeunes féministes » sont présentées parfois comme la relève des « vieilles féministes », mais cela ne m’impressionne pas : je fais partie des pionnières du féminisme qui restent fidèles à leurs idées.

L’antiracisme ? Mais cela va de soi ! Vous avez raison, cela reprend un vieux clivage des années 1960-1970, où l’on jouait « lutte des classes » contre « féminisme », autrement dit, d’abord le prolétariat, après les femmes. Aujourd’hui, c’est l’antiracisme contre le féminisme : d’abord les « races », après les femmes. Mais au fond, cela ne se contredit nullement : 94 % des femmes noires ont voté Hillary Clinton !

Un féminisme islamique ? Oui, je connais plein de femmes musulmanes qui sont féministes ! Dans leurs pays, elles risquent souvent leurs vies pour les droits des femmes. Elles comprennent d’ailleurs très mal qu’en Europe il y ait des femmes qui portent volontairement le voile ou la burqa et considèrent que, de la part de converties, c’est une forme de masochisme. La notion de « volontaire » est d’ailleurs totalement détournée. Et puis tout ce que fait une femme n’est pas forcément féministe…

Je connais bien cet argument. La première fois je l’ai entendu, c’était 1977 quand Emma a dénoncé les excisions… Au lieu de raconter de pareilles bêtises, ces femmes feraient mieux de soutenir les féministes du Maghreb, en Égypte, en Iran, en Afghanistan, en Afrique subsaharienne ou chez nous dans les banlieues. Parce que ces femmes-là ont vraiment besoin de notre solidarité !

Ça devrait faire réfléchir les autres partis que ce soit Marine Le Pen qui cite Simone de Beauvoir. Les autres partis n’ont qu’à devenir plus féministes ! Ainsi ils ne risqueraient pas de voir filer leur électorat sur leur droite…

Je suis soulagée que Simone de Beauvoir ne voie pas ce retour en arrière et qu’on ose plaider en faveur du voile au nom du féminisme. C’est vraiment insensé ! Le féminisme n’est ni pour l’obligation de se mettre à poil ni pour le « droit » de devenir invisible sous un foulard. Le féminisme à la Beauvoir n’est pas pour la différence, mais pour l’égalité des sexes : les mêmes droits – et les devoirs – pour les hommes et les femmes. C’est simple. 

Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point.fr, vendredi 30 décembre 2016

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