9/01/1905 : Louise Michel, vibrante comme la révolte

Hommage à l’occasion de l’anniversaire de sa mort : Louise Michel est morte à Marseille le 9 janvier 1905.

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Victor Hugo lui a dédié un poème, Viro Major (plus grande qu’un homme  !). Verlaine voyait en elle « l’ange gardien du pauvre ».

Louise Michel naît dans le château délabré d’un petit village de Haute-Marne, le 29 mai 1830. Fille d’une servante et de père inconnu, probablement le fils de ses patrons. Ces derniers, qu’elle appelle ses grands parents, l’éduquent dans la connaissance des Lumières et le souvenir de la Première République. Déjà rebelle, elle galope comme « un cheval échappé » et prend des rages contre les tortures infligées aux bêtes. 

Combattante, oratrice, éducatrice, et poète, Louise Michel reste encore aujourd’hui une figure emblématique des mouvements ouvrier et féministe. Elle est devenue le symbole des combats contre l’ignorance, l’oppression et l’injustice. Elle a toujours refusé l’autorité arbitraire.

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Le cœur de son engagement se résume en ces quelques mots : « ne jamais se plier à la raison du plus fort ». Se marier  ? Au diable les prétendants que lui propose sa famille, elle ne va tout de même pas se laisser mettre en cage. « Comme toutes les femmes, je plaçais mon rêve très haut », écrit-elle.

En 1853, elle devient institutrice mais refuse de prêter serment à l’Empereur Napoléon III. Elle enseignera donc dans des écoles « libres », c’est-à-dire sans lien avec le pouvoir, d’abord en Haute-Marne, puis à Paris à partir de 1856. Ses méthodes pédagogiques s’inspirent de quelques grands principes : l’école doit être pour tous, pas de différence entre les sexes, nécessité d’une éducation à la sexualité, l’enseignant doit en permanence accroître son savoir.

Féministe dans l’âme, elle veut absolument que les filles aient une aussi bonne éducation que les garçons, elle veut tout leur enseigner : les mathématiques, le théâtre, les sciences naturelles et même l’éducation sexuelle, alors qu’à l’époque on leur apprenait surtout les travaux d’aiguille et le catéchisme. « Si l’égalité entre les deux sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine », affirme-t-elle.

A Paris, elle rencontre les milieux révolutionnaires, collabore à des journaux d’opposition. En 1870, pendant la guerre franco-prussienne, Louise Michel se bat pour une république démocratique. Pendant la Commune, elle combat dans la Garde nationale. Le 24 mai, sa mère ayant été prise en otage par les Versaillais, elle se constitue prisonnière. Elle connaîtra les prisons de Satory et des Chantiers à Versailles.

La Commune écrasée, elle est jugée. C’est lors de son procès qu’elle devient vraiment célèbre. Elle réclame la mort, en lançant à ses juges : « Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part ». Finalement, elle est condamnée à la déportation dans une enceinte fortifiée située en Nouvelle-Calédonie. Là, elle défend les Canaques, étudie leur langue et leurs mythes. Elle leur reconnaît ainsi une véritable civilisation, alors que presque tous les Occidentaux les considèrent, à l’époque, à peine comme des êtres humains. « Les Blancs ne sont pas supérieurs, ils sont mieux armés, c’est tout », écrit-elle.

Libérée après la loi d’amnistie du 12 Juillet 1880, elle revient en France où elle est accueillie triomphalement à Paris, gare Saint-Lazare. Elle reprend son activité d’infatigable militante, donnant de nombreuses conférences, intervenant dans les réunions politiques. Deux mois après son retour, elle commence à faire publier son ouvrage La Misère sous forme de roman feuilleton, qui remporte un vif succès.

Jetée en prison parmi les prostituées, elle les défend aussi. Ces femmes ne sont pas des délinquantes méprisables, ce sont les victimes de souteneurs qui abusent d’elles parce qu’elles sont pauvres et sans défense, les battent et les vendent, « car le bétail humain est ce qui rapporte le plus ». Que les « grands négociants des marchés de femmes » soient pendus  !

Bien avant Simone de Beauvoir, à une époque où la dot est incontournable dans les milieux bourgeois, elle considère que le mariage est une prostitution légalisée. « Est-ce qu’il n’y a pas des marchés où l’on vend, dans la rue, aux étalages des trottoirs, les belles filles du peuple, tandis que les filles des riches sont vendues pour leur dot  ? L’une, la prend qui veut  ; l’autre, on la donne à qui on veut. La prostitution est la même. »

Elle invite les ouvriers à faire la grève générale et à venir à bout de « leurs patrons qui les pressent comme des citrons », et de poursuivre : « L’art pour tous, la science pour tous, le pain pour tous ! Levez-vous les grands chasseurs d’étoiles ! ». Elle, la généreuse, « la Sainte laïque », invite : « Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l’égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux ».

Jusqu’à la fin de sa vie elle ira de ville en ville porter la parole révolutionnaire et défendre les opprimés, ce qui lui vaudra de séjourner régulièrement en prison. Elle en arrivera à se prononcer contre la peine de mort et refusera de porter plainte contre un homme qui lui tire deux coups de pistolet dans la tête – auxquels elle survivra.

Ardente prophétesse, femme au verbe haut, elle fait la une des journaux. Quand elle meurt d’épuisement, le 9 janvier 1905, son enterrement est suivi par une foule de cent mille personnes.

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