Pourquoi les violeurs s’en sortent-ils si facilement en France ?

#CultureDuViol

Où son les violeurs ? Essai sur la culture du viol de Marlène Schiappa.

« Les assurances prennent en charge les frais juridiques des violeurs : c’est considéré comme un « dommage non volontaire causé à un tiers ». Vous êtes tous en train de payer pour les violeurs ! » 

Pourquoi il m’a été si difficile de dresser le profil des violeurs

Les Français ont une perception encore très biaisée du viol. (Capture d'écran YouTube)

Les Français ont une perception encore très biaisée du viol. (Capture d’écran YouTube)

Dans son essai « Où sont les violeurs ? » qui sort aujourd’hui, Marlène Schiappa dissèque avec pédagogie une culture du viol qui imprègne la société. Interview.

Pourquoi avoir voulu traiter de la culture du viol ?

C’est un sujet méconnu, à part dans les sphères féministes et spécialisées. La culture du viol, c’est tout ce qui fait que dans le récit, on délégitime la parole des victimes et on excuse les violeurs. Je suis élue d’une commune, adjointe au maire du Mans déléguée à l’égalité : les femmes agressées me racontent les réflexions qu’elles entendent. « Comment t’étais habillée, tu sais bien qu’elle est dangereuse cette rue… » On sous-entend que la victime l’a bien cherché. A l’inverse, on pardonne aux agresseurs. On l’a vu avec David Hamilton et récemment Roman Polanski. Comme ils sont influents et ils ont du pouvoir, on leur pardonne. Je trouve hallucinant qu’on continue à nommer des violeurs à des postes de responsabilité.

La France a-t-elle un problème spécifique avec le viol ?

Oui, on a un problème particulier. D’abord parce que les mouvements féministes sont moins dotés en moyens qu’aux Etats-Unis, par exemple, où ils sont très politisés. Et chez nous, on se repose beaucoup sur la culture latine du « French lover » pour servir d’excuse, on affirme le harcèlement de rue c’est de la séduction à la française… On légitime par ce biais les agressions sexuelles et sexistes.

Votre livre aborde un aspect intéressant et peu couvert : l’impact économique de ce fléau.

Les assurances prennent en charge les frais juridiques des violeurs : c’est considéré comme un dommage non volontaire causé à un tiers. Vous êtes tous en train de payer pour les violeurs ! Quand des frais médicaux sont pris en charge pour les viols, on ne présente jamais la facture aux agresseurs. Sans compter les dommages psycho-somatiques et l’impact sur la carrière des femmes. C’est un sujet dont les entreprises doivent s’emparer : les femmes démissionnent plus que les hommes. Y a-t-il un rapport avec le harcèlement ? Des chercheurs devraient s’y pencher. 

Mais comment tirer des statistiques fiables ? 

On tâtonne, car l’immense majorité des viols est tue. Une instance de justice parisienne a mené une enquête uniquement sur des plaintes déposées. On a aussi des chiffres d’associations sur la base des statistiques des appels.Une femme sur 10 sera violée au cours de sa vie. Et d’après une statistique américaine, un violeur sur 16 au niveau mondial est condamné. Les violeurs ne sont ni dénoncés, ni condamnés, ni combattus. Ça jette un flou sur qui l’est et qui ne l’est pas. Ce qui est sûr, c’est que contrairement à ce qu’on croit 90% d’entre eux n’ont aucune pathologie mentale.

Vous abordez aussi la question du viol des hommes. Un angle mort ?

Oui, ce n’est pas parce qu’ils sont minoritaires qu’il faut les laisser tomber. Ils n’ont même pas un numéro, une association vers qui se tourner. Sur l’affaire Morandini, s’il s’était agi de jeunes filles, des associations auraient fait du bruit, mais là c’est des jeunes hommes. La seule association à s’être manifesté est La voix de l’enfant. En creux, ça signifie qu’un homme adulte violé n’a pas de structure vers laquelle se tourner. C’est pourquoi selon moi il faut élargir le champ, et parler de violence sexiste et sexuelle, pas de violence faite aux femmes.

Il faut dire que les moyens manquent pour aider les victimes.

Il est injuste que tout doive être porté par les associations bénévoles féministes. On est du côté du genre qui risque d’être violé mais c’est aussi à nous de prendre notre propre défense ! Je suis outrée de voir qu’on doit galérer entre nous pour organiser un sit in, une pétition, des hashtags sur Twitter, sur notre temps libre.

Où son les violeurs ? Essai sur la culture du viol de Marlène Schiappa, 17 €, éd. L’aube

Source :  neonmag.fr

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